Des répliques

Acte 1

Mme Vallons – Mon téléphone est dans mon bureau, éteint et dans un tiroir.
Si après ça on l’entend sonner, je ne réponds plus de rien.
Mme Argento – Déjà qu’elle ne répond plus à personne.

I.A – Pensez aussi à réveiller votre voisin s’il s’est endormi… surtout s’il ronfle.
Les photos sont interdites pendant la représentation, y compris les selfies avec nos charmantes hôtesses. Vous draguerez plus tard.

Martine – Mais il va faire fuir le public. Le tonton qui est si près de ses sous, il ne s’en rend pas compte.
Dany – Je lui ai dit, mais il m’a répondu qu’avec son intelligence très artificielle, il était parfait pour le rôle !

Martine – Et c’est un exploit de faire un puzzle en deux jours ?
Gérard – Pas qu’un peu. Sur la boîte il y avait marqué « jusqu’à trois ans ».

Julie – C’est le problème de vouloir l’égalité homme – femme. Maintenant, on va devoir supporter des histoires de bruns.
La minute brun, je sens que ça va être très long et très lourd.

Mme Vallons – Je connais un propriétaire qui surnomme l’ascenseur « la boîte de nuit », parce qu’on est dans une boîte et qu’il y fait toujours nuit.

Mme Argento – Mais ça fait un moment que j’essaie de vendre. Quand les clients entrent dans le hall, qu’ils voient de la toile pendre entre les lattes du plafond, les boîtes aux lettres qui ne ferment pas, qu’ils hument l’odeur des poubelles et que pour monter ils ont le choix entre un ascenseur récupéré aux pompes funèbres et un escalier tagué sur chaque marche, il faut qu’ils soient aveugles et sans odorat pour vouloir acheter.
Mme Vallons – En plus, mieux vaut qu’ils soient sourds pour ne pas entendre les disputes, sans parler des bagarres.

M. Fournier – Pour ceux qui ont connu le magnétophone à cassette c’est facile à utiliser. Pour les jeunes, on risque le choc culturel. S’ils commencent à dire « Bonjour vidéo, montre-moi le hall hier matin à 8 heures » ils peuvent toujours attendre la réponse.
C’est plutôt de l’époque « lit le mode d’emploi et débrouille toi pour trouver le bon bouton ».

Dany – Bah c’est vrai, quoi. Rien qu’avec ses conquêtes connues il y a de quoi faire une équipe. Peut-être même avec des remplaçantes.
Martine – Si je ne me trompe pas, les remplaçantes sont les joueuses qui entrent sur le terrain quand la titulaire est fatiguée.
C’est délicat ça, comme allusion.

Gérard – C’est normal qu’il y ait de l’action dans un immeuble appelé le « Hollywood ».
Mme Argento – Heureusement qu’on ne l’a pas appelé le « Titanic ».
Mme Vallons – Ou carrément « La tour infernale ».

M. Fournier – J’ajoute à la liste des travaux : le diffuseur de parfum pour le local des poubelles. L’entreprise de nettoyage propose une senteur « pin des landes ».
Mme Argento – Actuellement, c’est plutôt « plein les glandes » en attendant « j’empeste de chez canicule », comme tous les étés.

Gérard – Et si vous faisiez la liste de ce qui fonctionne, ça n’irait pas plus vite ?
Je veux dire, qui fonctionne encore.
Martine – Il faudrait surtout établir la liste des casse-pieds pour pouvoir s’en débarrasser. Là on gagnerait vraiment du temps.

Mme Vallons – Ceci dit, je me demande si ce n’est pas la moitié de l’immeuble qu’il faudrait envoyer en hôpital psychiatrique.
Gérard – Et l’autre moitié en prison.
Martine – Hé Gérard, tu sais qui devrait aller en prison ? Ça nous ferait des vacances.

Mme Argento – Bon, je résume : on a des drogués qui pourrissent la vie des autres résidents, des locataires qui s’en vont écœurés mais ne nous aident pas, des propriétaires qui nous rembarrent plutôt que d’intervenir, des entreprises qui font les travaux n’importe comment et quand l’envie leur en prend.
Ah, j’oubliais, on a aussi un fou et un obsédé sexuel.
C’est une bonne idée de filmer tout ça en vidéo. On va pouvoir faire un joli documentaire.

M. Fournier – Non. Le pessimiste c’est celui qui dit : « mais dans quelle situation on est ! C’est bien simple, ça ne peut pas être pire ». Et l’optimiste répond : « mais si, mais si, ça pourrait être bien pire ».


Acte 2

M. Fournier – Un problème réglé de main de maître. Bravo.
Mme Vallons – J’aimerais qu’on arrête de me prendre pour une bille.
Un papy blessé à l’hôpital ? Tu parles. Une blonde mariée dans un hôtel, oui.

Dany – Mais non. On a programmé un petit resto sympa avec ma fille.
Qu’est-ce que tu crois ? Parce que je suis acteur j’ai plein de jeunes femmes faciles qui me tombent dans les bras.
Tu sais, le charme des acteurs n’est plus ce qu’il était. Aujourd’hui, il n’y a plus que l’argent qui compte.
Julie – C’est vrai que, « ils se marièrent, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » c’est plutôt devenu « ils divorcèrent, s’insultèrent sur les réseaux sociaux et se ruinèrent en procès ».
Désormais ce sont les producteurs qui sont tendances.
Dany – Bof, la tendance pour les producteurs ces derniers temps, c’est plutôt la rubrique justice que la rubrique people.

Julie – Ah, je comprends mieux. Comme je les connais, ils ne vont pas cesser de se bouffer le nez.
Et ce pauvre public qui va devoir supporter tout ça toute la soirée.
Dany – Nous aussi on va devoir le supporter.
Julie – Oui mais eux ils paient leur place, alors que nous on est payé.
On a beau dire, l’argent, ça aide à rester philosophe.

Martine – Dis Gérard, sais-tu que deux négations valant une affirmation, l’Intelligence Artificielle c’est la même chose que la bêtise naturelle ?
Sachant cela, on comprend mieux certains choix dans le casting de cette pièce, non ?

Mme Argento – Mais ils sont combien là-dedans ?
Gérard – Ça dépend. D’après les organisateurs ou d’après la police ?
Martine – Avant la fin de la soirée, il va finir en méchoui le Gégé.

Mme Argento – Super. Au cinéma ils ont produit la boum 1 et la boum 2.
Mais au Hollywood, on fait beaucoup plus fort, on produit les boums 3, 4, 5, 6, 17, 28…

Mme Argento – L’avantage du slow entre mecs, c’est qu’il n’y a pas une pauvre nana qui se fait écrabouiller les orteils.
Gérard – Ça c’est ce que disent les femmes après dix ans de vie commune.
La première fois, c’est plutôt un langoureux « c’est pas grave ».

Gérard – Comme le dit le proverbe alsacien : bière qui coule n’entasse pas mousse.
M. Fournier – Le plus incroyable, c’est qu’elle réussit à mettre la clé dans la serrure de sa porte.
Dans l’état où elle est, je ne sais vraiment pas comment elle y arrive.
Gérard – Comme le dit un proverbe malouin : quand la mer est agitée, le mousse tangue.
Martine – Comme le dit un proverbe de m-ou-ce que tu veux : quand Gégé se fait mousser, c’est avec de la mousse à nous raser.

Mme Vallons – Mais c’est le Far West cet immeuble.
Gérard – Dans l‘état où ils sont, les cow-boys vont avoir du mal à remonter sur leur cheval.
Quant à la cow-girl, elle ne tiendrait même pas sur un poney.
Martine – Je connais un cow-boy du dimanche qui va bouffer son chapeau. Au moins, ça le fera taire.

Mme Vallons – On devrait déposer un brevet pour des boîtes aux lettres réfrigérées.
C’est pratique les boîtes aux lettres vides pour ranger les packs de bière, mais la bière chaude ce n’est pas terrible.
Gérard – Et puis ça permettrait de conserver plus longtemps les courriers du cœur.
Martine – Gégé, tu sors de ton rôle.
Une Intelligence Artificielle n’a pas de cœur.
Une Intelligence Artificielle n’a pas de sentiment, et surtout, une Intelligence Artificielle n’essaie pas de faire de l’humour.
Tout le reste, c’est de la science-fiction.
Julie – Justement, vous n’en avez pas marre de vos lassantes frictions ?
Arrêtez de vous conduire comme dans une cour de récréation.

Mme Argento – Ils se soulagent aussi dans l’escalier. J’y suis passée, je ne vous dis pas l’odeur.
Gérard – Comme ça, on sent moins les poubelles. Faut être positif.
Martine – Voilà Gérard qui nous joue l’intelligence pestilentielle maintenant.

Mme Argento – Bon, c’est au moins ça. Ils ne dorment pas tous ensemble dans le même appartement. Quelle bonne surprise, le Hollywood ne fait pas encore bordel généralisé.
Gérard – Dommage, encore un beau projet qui capote.

M. Fournier – En fait, il était au bout du rouleau… de papier toilette.
Gérard – J’avais bien senti qu’il n’avait pas les fesses propres celui-là.
Martine – Dis Gégé, t’as pas l’impression d’être un peu collant ?

Martine – Y-aurait pas quelqu’un qui pourrait lui couper le son à celui-là ?
Julie – A mon avis, si on lui coupe le son, il va nous couper la lumière. C’est comme ça avec Gégé et Frédo.
Je connais un acteur qu’ils ont chahuté durant la tirade du Cid :
« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » et boum la lumière qui s’éteint sur la scène ;
« Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles » et toc la lumière qui s’allume dans le fond de la salle et tout le public qui se retourne pour voir passer les bateaux.
Le pauvre acteur n’a pas arrêté de bafouiller tout le reste de la pièce.

Julie – Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.
Martine – Eh bien Julie, tu en as des lettres.
Julie – C’est un copain qui m’a appris ça.
Quand vous avez quelqu’un qui veut jouer les bonnes âmes, vous lui balancez ça.
Le temps qu’il décrypte, on peut passer à autre chose.
Martine – Une phrase incompréhensible pour tuer le débat.
Il ne ferait pas de la politique ton copain ?
Sinon il devrait essayer.

Mme Argento – Pour ma part, aucune crainte. Je suis certaine que le pire est à venir.
C’est mon côté optimiste.
Gérard – Mais quand tout à l’heure j’ai dit que cela allait être pire, elle m’est tombée dessus !
Martine – Oui mais là, c’est dans le texte de la pièce. C’est l’auteur qui l’a écrit.


Acte 3

Mme Vallons – Vous êtes sûr d’avoir zappé sur la bonne chaîne ? Parce que moi, depuis plus de 10 ans je n’entends parler que de problèmes au Hollywood.
Il y a même un propriétaire qui est parti un jour en me disant « la situation est désespérée, je préfère en partir avant qu’elle ne devienne grave ».

Dany – Elle est programmée pour renseigner les spectateurs, alors elle le fait à partir des connaissances dont elle dispose.
Sauf qu’elle est encore loin d’intégrer des notions comme la sociabilité ou la pudeur.
L’Intelligence Artificielle est dans ses premiers stades de développement.
Julie – Eh bien ça promet pour l’adolescence.

Julie – C’est une plaisanterie.
Comment peut-on imaginer jouer une comédie musicale sur la vie d’Harvey Weinstein ?
C’est… indécent.
Gérard – Bah pour Landru il y a bien eu des films, des bandes dessinées, des séries télévisées, des chansons et même des pièces de théâtre.
Et lui c’est onze femmes qu’il a fait cuire dans sa cuisinière.
Julie – Et bien moi, la relativité selon Weinstein ça ne me convient pas du tout.
Si on y va comme ça, notre obsédé qui met les mains aux fesses des femmes, on va le féliciter pour ne pas les avoir violées ?
Qu’est-ce que c’est que ce raisonnement ?
Martine – Gégé, ce n’est pas aux fesses que je vais lui mettre la main.
Et comptez sur moi pour que ça remonte jusqu’à son cerveau artificiel.

Dany – Je suis impatient d’entendre Gérard chanter. Je sens que ça va être inoubliable.
Martine – J’ai dit une comédie musicale, pas un film d’horreur.
Même en playback, il est capable de faire des fausses notes.

M. Fournier – On peut dire que la journée commence vers 7h, avec l’arrivée d’une infirmière qui se rend au troisième étage. Elle est d’une ponctualité remarquable.
Gérard – En quelque sorte, c’est l’aiguille qui donne l’heure.
Julie – Voilà une remarque qui ne manque pas de piquant.
Dany – On peut dire qu’il mérite son cachet.
Julie – C’est vrai que sans lui passer de pommade, c’est plutôt drôle.
Dany – Tant que c’est à dose homéopathique.
Julie – Oui, sinon la pilule serait plus dure à avaler.
Martine – C’est ça, encouragez-le. Vous verrez où ça va nous mener.

Mme Vallons – Il y a de l’eau, du lait de soja et du jus d’orange. Servez-vous si vous avez soif.
Martine – Il n’y aurait pas de la cigüe, c’est pour un ami philosophe.

M. Fournier – En tout cas, le Hollywood fait aussi site de rencontres, et pas virtuel.
Ils ne sont pas mignons ces deux-là ?
Mme Argento – Oh quelle belle histoire !
Roméo et Juliette chez les cinglés.

Mme Argento – Alors là, ce n’est vraiment pas de chance. Il a fallu que ça arrive juste au moment où l’ascenseur est tombé en marche.

Mme Vallons – Au fait, en parlant de balcon, on nous a signalé que des morceaux de béton se détachent de certains balcons. Il va falloir intervenir.
Gérard – C’est sûr que si Roméo se prend des morceaux de balcon sur la tronche, il va aller draguer ailleurs
.

Dany – Gérard, tu veux bien afficher les photos au lieu de faire l’imbécile ?
Gérard – Mais c’est pas moi, c’est Frédo le régisseur.
Dany – Frédo, le coup de la censure, tu nous l’as déjà fait pour le spectacle des maternelles. Ok, tu avais bien fait rire les maîtresses en censurant le vilain petit canard, mais les enfants ne savaient pas lire, eux.
Là, tu perturbes sérieusement la représentation.

Mme Vallons – Et moi qui comparait l’ascenseur à un confessionnal.
Mme Argento – Pourquoi pas, après tout Dieu a bien dit « Aimez-vous les uns les autres ».
Gérard – Et le saint esprit « Aimez-vous les uns sur les autres » ?
Non ?
Je dois confondre.

Julie – Ça ce n’est pas bien Gérard, c’est une pure attaque personnelle.
Laisse tomber Martine, ses mots ont dépassé sa pensée.
Martine – Dépasser sa pensée, ça c’est pas difficile.

Gérard – Bah alors Martine, tu fais pas pareil ?
Martine – Désolé mais je n’ai pas mis mon string ce matin.
Gérard – Comme c’est dommage, ça serait resté dans les annales.
Dégonflée !
Martine – Gérard, sache que c’est la beauté intérieure qui compte, pas la beauté postérieure.
Julie – Comme le dit le proverbe : dès qu’on montre sa fesse, la morale s’affaisse.

Martine – C’est normal que Gégé raconte la fin de l’histoire ?
Gérard – Je n’ai pas raconté grand-chose, je leur ai juste conseillé de repérer une personne.
Martine – Tu en as quand même dit beaucoup.
Gérard – Tu parles. Quand les gens vont voir le film « Le Titanic », ils savent bien que le bateau va couler. Ce n’est pas pour autant qu’ils quittent la salle avant la fin de la séance !

Mme Vallons – Pour les cafards c’est vrai, j’ai reçu plein de plaintes. Il va falloir faire intervenir une entreprise.
Mme Argento – Voilà. Le vrai Hollywood c’est ça : un élevage de cafards.


Acte 4

I.A – L’équipe de « Hollywood vidéo » souhaite s’adresser aux sceptiques, journalistes soupçonneux et autres complotistes.
Nous tenons à leur réaffirmer que tout ce qui est montré à l’écran est une reconstitution d’événements qui se sont réellement déroulés. On ne va quand même pas nous reprocher de ne pas inventer une histoire qui existe alors qu’il y a tant de gens qui inventent des vérités qui n’existent pas.

Mme Argento – Comment voulez-vous que je vende ?
Je ne vais quand même pas engager des gardes du corps pour traverser le hall avec les acheteurs !
Gérard – Bah voyons. Après les vigiles et les militaires, pourquoi pas des gardes du corps ?
Si on la laisse faire, ça va plus être un immeuble, ça va être un camp retranché !

M. Fournier – Un soir, vers 22 heures, ces deux-là tapaient de toutes leurs forces contre cette pauvre porte innocente.
Mme Argento – Mais ils ne vont pas bien les Rocky Balboa de la cage d’escalier.
Mme Vallons – Y’en a vraiment certains qui ont sauté la phase de création des neurones dans leur développement.

Mme Vallons – Le receleur, vous savez s’il a ouvert un magasin ? Il doit pratiquer des prix attractifs.
M. Fournier – A mon avis, il vend plutôt sur internet ou sur des marchés à la brocante.
Martine – Il n’aurait pas un lance-roquettes en stock ? Même d’occasion. Il faut juste qu’il atteigne le fond de la salle.

Mme Vallons – Comment ça à la résidence Du Bellay ? C’est à la résidence Ronsard que le jardinier vous attend. Il a des problèmes avec l’arrosage automatique de ses fleurs.
C’est étonnant la pléiade de gens qui confondent les deux. Mais les magnifiques roses pourpres, c’est à Ronsard, pas à Du Bellay.

Mme Vallons – Aller à la résidence Ronsard à pieds ? Ça va vous faire un sacré voyage, elle se situe place Rabelais.
A moins de faire des pas de géants, vous en avez pour plus d’un quart d’heure.

Mme Vallons – À la résidence Orwell, il faudrait tirer de nouvelles lignes afin d’installer la vidéo surveillance.

Restez discret si on vous pose des questions sur ce que vous faites. Mieux vaut faire les choses en douceur, sans que les gens ne s’en rendent compte. On est bien d’accord, inutile de déclencher des réactions.

Gérard – Peut-être que le cours du haschich a augmenté.
Il faut plusieurs télés pour une barrette.
Dany – Gérard, tu es sûr que le haschich ça se chauffe avec un briquet ?
C’est plutôt pour des produits plus durs, non.
Gérard – Je sais pas. Demande à Frédo.
Moi j’aime pas ce qui est chimique.
Je ne consomme que des produits naturels cultivés par de petits producteurs.

Mme Argento – Comment savez-vous que c’est un ouvrier ?
M. Fournier – Regardez le dos du T-Shirt : il y a le nom de la société.
Mme Argento – J’avais lu qu’aux Etats-Unis, un type avait fait encore plus fort. Il a braqué une banque pendant sa pause de midi. Il avait gardé sa tenue de travail avec ses nom et prénom bien visibles, inscrits sur sa poche.
Il n’a pas été trop difficile à retrouver.
Gérard – C’est pratique le prénom. Au cas où il y aurait des jumeaux, cela évite l’erreur judiciaire.

Mme Argento – Donc ils ont encore cassé la barrière du parking.
M. Fournier – Cette fois ce n’est pas la barre.
C’est carrément le système qui permet de la lever et la baisser.
Mme Vallons – Ça coûte beaucoup plus cher.
M. Fournier – D’autant qu’ils ont aussi cisaillé la grille d’évacuation des fumées dans le garage pour pouvoir y entrer.
Mme Vallons – On a remplacé avec des plaques métalliques plus solides. Maintenant, ils ne peuvent plus rentrer dans le garage.
M. Fournier – En fait, on s’en est rendu compte parce qu’ils avaient coupé l’électricité au tableau électrique qui se trouve dans le garage.
Mme Vallons – Les locataires se sont plaints, car il n’y avait plus de lumière dans les couloirs et l’ascenseur ne marchait plus.
Mme Argento – Dites les duettistes, on va aller jusqu’où avec votre numéro de « tout va très bien madame la marquise ».
Rassurez-moi, l’immeuble n’a pas brûlé ?
M. Fournier – L’immeuble n’a ni brûlé ni été désintégré par les Illuminati, mais il y a aussi la porte d’entrée qui a été fracturée. Elle est dans un sale état.
Gérard – Bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément.

M. Fournier – On l’aperçoit à la vidéo par reflet dans les glaces.
Pendant quarante minutes il a essayé de la forcer. Ensuite, on le voit entrer dans l’immeuble.
C’est notre voleur, c’est Djibril.
Gérard – On peut dire que c’est un voleur qui a de la conscience professionnelle.
Même pour rentrer chez lui, il défonce la porte !

Martine – Il veut améliorer quoi ?
Dany – Son apprentissage profond. C’est une technique d’intelligence artificielle.
Par exemple, pour apprendre à distinguer les chats et les chiens, on montre plein d’images à la machine. Elle essaie de deviner si c’est un chien ou un chat, et si elle se trompe on lui fait savoir. A force d’être corrigée, elle reconnaît d’elle-même les différences.
Martine – Le pauvre Gégé, il a dû se tromper et prendre l’option « abrutissage profond ».
Ceci dit, il n’a pas dû avoir beaucoup de peine pour réussir ses examens.

M. Fournier – Pour la diversité, j’assure.
J’ai une seule locataire mais c’est une jeune – femme – noire – musulmane.
Quatre cas avec une seule locataire, qui dit mieux ?
Mme Vallons – Ah bon, parce qu’être une femme c’est être un cas ?
M. Fournier – Je vois que se faire qualifier de cas si on est jeune, noire ou musulmane ne vous choque pas.
Mme Vallons – Ah – Ah – Ah.
Monsieur Fournier, ce n’est pas bien de piéger les gens.

M. Fournier – Pour la junkette, je n’ai pas eu de détails, mais son éducatrice spécialisée m’a fait comprendre que la vie ne lui avait pas offert beaucoup de tickets de bonheur.
Mme Argento – En revanche, pour ce qui est des tickets d’alcool et de drogue, elle s’est servie toute seule.

Mme Argento – Victime ! C’est incroyable.
Mais bon, aujourd’hui, les délinquants deviennent des victimes et sont invités au journal télévisé pour baver sur ceux dont ils pourrissent la vie.

Martine – Je crois que j’ai vu passer une proposition de pièce qui pourrait coller.
Ça s’appelle, « Dracula et les petites culottes ». Tu pourrais même jouer le rôle principal.
Julie – Le rôle de Dracula ?
Martine – Bah oui, pas des petites culottes.

Dany – J’aimerais que chacun soit bien conscient du grave problème qui nous arrive.
Toute la publicité autour de « Hollywood vidéo » insiste sur le caractère authentique des faits.
Si jamais on ne rattrape pas le coup, les journalistes et les réseaux sociaux vont nous fusiller. J’imagine déjà les titres :
Factuel : la morte toujours vivante.
Moqueur : après son décès, elle nous accorde un entretien.
Religieux : la junkette ressuscitée.
Sarcastique : la morte en parfaite santé, on nous aurait trompé ?
Journalistique : Hollywood, le mensonge du siècle.
Scientifique : la décédée est 100% vivante.
Martine – Ok c’est bon Dany, on a compris.
Pas la peine de nous faire toute une tirade.

Dany – En fait Gégé, je préfère encore la jouer à la française.
Gégé – Tu vas leur dire la vérité ?
Dany – Bah non. J’ai dit à la française.

Gégé – Mais c’est la vérité que tu leur as dite.
Dany – Non Gégé, ce que je leur ai dit n’est pas faux.
C’est très différent.
La vérité c’est qu’un abruti qui n’était pas concentré sur son travail, a fait une énorme boulette et qu’il a failli planter tout le spectacle.
Gégé – De toutes façons, quand on parle d’un incident indépendant de la volonté, personne ne croit ce qu’on dit.
Dany – C’est bien pour ça que je les laisse ne pas croire quelque chose qui n’est pas tout à fait faux.
C’est une question d’honnêteté.
Martine – Alors là, tu vas lui faire disjoncter tous ses neurones artificiels au Gégé.


Acte 5

Mme Argento – Si j’ai bien suivi, il reste l’intermittent des asiles psychiatriques.
M. Fournier – Exact, et il a déplacé du monde avant son départ. Il y avait : la police nationale, les pompiers et la police municipale. Il ne manquait que les CRS.
Ils ont discuté longuement avec lui, puis il a quitté l’immeuble avec la police.
Gérard – Si la légion saute sur le Hollywood, prévenez-moi que je fasse des photos souvenirs.

Mme Argento – Une trans ! Ça nous manquait sur la photo de famille.
M. Fournier – Elle au moins n’embête personne et n’a déclenché aucun problème avec les voisins.
Mme Argento – Oh, moi je suis pour la diversité, tant qu’ils paient leur loyer.
Gérard – Elle vous dit ça avec un naturel !
On sent le profond amour des autres qui l’anime.

Martine – Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ?
Gérard – J’ai bien essayé de te parler, mais je ne pouvais pas placer un mot vu que tu passais ton temps à m’insulter.
Martine – J’ai été dure. Je le regrette.
Mais j’avais mal.
Gérard – Ensuite tu m’as plaqué, tu m’as mis à la porte de chez toi, et j’ai dû récupérer mes affaires sur le trottoir.
Julie – Alors celle-là, je ne l’ai pas vu venir !
Martine et Gérard ensemble !
Ce sont les marchands de vaisselle qui ont dû en profiter.

Mme Vallons – C’est vraiment quelqu’un de très actif : moitié receleur, moitié trafiquant de drogue.
Gérard – C’est ce qu’on appelle faire du haschich par moitié.

Martine – Alors celle-là, je ne l’ai pas vu venir !
Julie et Gérard ensemble !
Ce sont les marchands de guimauve qui doivent en profiter.
Gérard – Ma juju, ne crains rien.
Depuis que Martine a lacéré mes chemises, découpé mes costumes, laissé tremper mes chaussettes dans l’huile d’olive, fait des guirlandes avec mes caleçons et mis le tout sur le trottoir, c’est comme un mur que dis-je, comme la muraille de Chine qu’il y a entre nous.

Mme Argento – Je me disais bien.
Vu la fréquence des flaques de pisse dans le hall, ça ne pouvait pas venir uniquement des humains.
Il n’empêche, ce sont toujours des histoires de mecs.
Gérard – Tu parles. Le chien s’est fait repérer parce qu’il lève la patte.
Une chienne c’est plus sournois. Ça urine les pattes au sol alors ça se voit moins, c’est tout.
Dany – Décidément, y-a pas que l’Intelligence Artificielle qui soit restée au pipi-caca.

Mme Vallons – Mais pourquoi ils en veulent à ces pauvres portes sans défense ?
Je propose qu’on installe un punchingball dans le hall pour qu’ils puissent se défouler.
Mme Argento – Oh oui, et on mettra des grenades dedans. Et boum !

Mme Vallons – On ne sait jamais, la police pourrait le prendre en train de voler.
Ou encore mieux.
Pendant le confinement, il y a eu un voleur qui a laissé son attestation de déplacement sur le lieu de son vol.
Si si, je vous assure, il y a un français qui a fait plus fort que les américains. Là, il y avait le nom et le prénom, mais en plus le lieu et la date de naissance ainsi que son adresse.
Gérard – Et pour le motif de déplacement c’était « achats » ou « motif familial impérieux » ?

M. Fournier – Pour l’instant, Djibril est décidé à nous pourrir encore plus la vie depuis qu’il a reçu sa convocation au tribunal.
Il urine dans l’escalier, de façon bien visible par la caméra.
Mme Argento – C’est vraiment un chien celui-là.
Gérard – Bah non, il ne lève pas la patte.
Dany – Gérard, arrête de ralentir le spectacle.
Si je réussis à dîner avec ma fille, je te paie le restaurant.
Gérard – Pas question, je suis incorruptible.
M. Fournier – Il dépose la nourriture pour ses chiens sur le sol du couloir, toujours bien devant la caméra.
Mme Argento – Ah oui, c’est vraiment ostensible. Il fait clairement ça pour nous provoquer.
Et pour les faire boire, il verse un grand seau d’eau ?
Gérard – Bah non, il lève la patte.
Dany – Gérard, si tu ne te tais pas, je te fais la cuisine pendant une semaine.
Gérard – C’est bon, je me tais.
Je suis incorruptible, mais pas suicidaire.